2008 : RÉDACTION D’UN LIVRE – CHAÎNE D’ÉCRITURE

L’association Sablé-sur-livres, en partenariat avec l’Inspection de l’éducation nationale, a proposé aux établissements scolaires de la communauté de communes de Sablé-sur-Sarthe, la création d’un livre sous la forme d’une chaîne d’écriture.
L’introduction (ci-contre) a été écrite par Chantal Cahour, écrivain jeunesse. Les chapitres suivants ont été écrits par les élèves des classes de CE2, CM1 et CM2 participantes.

L’histoire complète a ensuite été lue lors du 8e salon du livre et de ses métiers, le dimanche 13 avril 2008 à Sablé-sur-Sarthe. Chantal Cahour était présente pour lire la première partie et un élève représentant de chaque classe participante a lu un chapitre. Un exemplaire du livre complet a été remis à tous les enfants écrivains en herbe.

Durant le mois de juin suivant, une rencontre a été organisée entre les enfants des classes participantes et l’écrivain afin d’échanger sur leurs expériences d’écriture respectives.

Introduction
Je sais, je suis trop gourmande, ça me perdra ! Je n’ai jamais pu résister à la vue de mûres… mûres à point ! Ce lundi-là, mon frère jumeau Théo et moi avions repéré de superbes mûres lors d’une visite scolaire au musée du château de Crussey. Elles foisonnaient le long du mur d’enceinte. J’avais très envie de retourner là-bas pour en cueillir. Le problème, c’est que nous n’avions pas le droit. « Trop dangereux, prétendaient nos parents, il faut emprunter la grand-route pour y accéder ».
Aussi, le mardi soir, profitant de l’heure dont nous disposions entre la sortie de l’école et le retour de maman, nous avons décidé de désobéir et nous avons filé jusqu’au château.
Après avoir satisfait notre gourmandise, nous avons songé à rentrer. Au moment où nous passions devant l’entrée du parc du château pour aller récupérer nos vélos, une moto a surgi. Elle a foncé droit devant elle, frôlant mon frère qui est tombé en arrière. La moto a failli elle-même se renverser puis elle s’est redressée brutalement et le motard a pris la fuite sur son engin, sans se préoccuper de Théo. Heureusement, mon frère n’avait pas de mal, il s’est relevé aussitôt, furieux.
– Espèce de chauffard ! a-t-il crié. Tu te rends compte, Juliette, il a failli me tuer et il s’en fiche complètement !
– C’est vrai, ça, je n’y crois pas ! Remarque, il va bientôt se rendre compte qu’il a eu tort de ne pas s’arrêter. Bien fait pour lui !
– Pourquoi tu dis ça ?
– Tu n’as pas vu ? Lorsqu’il a manqué se renverser, il a perdu son chargement, ai-je répondu, en désignant un sac de sport échoué au bord du chemin.
– Ce sac est à lui ?  Super ! Je le confisque !
– Mais… qu’est-ce que tu vas en faire ?
– Je ne sais pas, je veux juste donner une leçon à cet abruti !
– Nous ne pouvons pas garder quelque chose qui n’est pas à nous. Ce serait du vol.
– D’accord. Alors, nous embarquons le sac et nous le rapporterons à la gendarmerie demain. Nous dirons que nous l’avons trouvé dans la rue. Ce chauffard n’aura qu’à aller récupérer  ses affaires chez les gendarmes, ça lui fera les pieds !
– Tu crois que c’est une bonne idée ?
– Une EXCELLENTE idée ! Ne sois pas si froussarde ! Et ne traînons pas ici, il s’est peut-être déjà aperçu qu’il avait perdu quelque chose.
Lorsque nous sommes arrivés à la maison, maman était déjà là. Théo a eu juste le temps de cacher le sac dans le placard de l’entrée pour éviter de laborieuses explications. Maman est sortie de la cuisine et, voyant nos doigts tachés de bleu, elle a demandé d’un ton soupçonneux :
– Où étiez-vous passés ? Je commençais à m’inquiéter.
– Ben… euh… nous sommes allés chez Charlie. Il y a un «coin à mûres» derrière chez lui. Excuse-nous, nous n’avons pas vu l’heure tourner…
Maman nous a crus et j’ai eu honte de la tromper. Mais voilà le problème : lorsqu’on commence à désobéir, on est fatalement conduit aussi à mentir…
Papa est rentré peu après et, jusqu’au dîner, nous n’avons pas pu récupérer le sac. Après le repas, enfin, nos parents se sont installés devant la télé pour regarder les informations. Sans tarder, nous nous sommes glissés dans l’entrée pour rapatrier le sac dans notre chambre.
Au retour, en passant devant le salon, nous avons entendu le présentateur annoncer un vol d’objets d’art au… château de Crussey ! « Le malfaiteur a profité de l’absence du personnel, en ce jour de fermeture hebdomadaire du musée, pour séquestrer la propriétaire, la comtesse de Crussey. Après l’avoir ligotée et bâillonnée, il a volé le trésor du château, une collection de pistolets anciens d’une valeur inestimable. »
J’ai senti l’air me manquer et j’ai cru tomber dans les pommes. Théo a repris ses esprits avant moi. Il s’est précipité dans notre chambre, en me faisant signe de le suivre.
Une fois à l’abri des regards indiscrets, nous avons ouvert le sac. Hélas, il n’y avait pas de doute, nous étions bien en possession du butin ! Les pistolets que nous avons découverts étaient ceux que nous avions admirés au musée pas plus tard que la veille, au cours de la sortie scolaire !
Chantal Cahour
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